Présenté pour la première fois sur le sol français lors de la Quinzaine du Festival de Cannes, le dernier film de Mamoru Hosada est arrivé dans nos salles le 26 décembre dernier.

  Miraï : ma petite sœur est l’histoire de Kun, un enfant de 4 ans qui s’apprête à accueillir sa petite sœur, tout juste née. Un scénario a priori banal et sans grand intérêt, mais qui s’avère bien plus complexe que prévu. Car si, dès les premiers instants du film, son enthousiasme est si fort qu’il en devient communicatif, Kun change très vite d’état d’esprit. La jalousie prend le dessus. Jalousie, de ne plus être l’unique centre d’attention. Jalousie, car sa petite sœur, Miraï, s’accapare ses parents, qui n’ont maintenant plus beaucoup de temps à consacrer à leur premier né. Cette jalousie que tous les aînés ont un jour ressenti. L’intrigue du film s’impose donc : comment faire face à l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur ? Comment passer ce stade de la jalousie et apprendre à aimer le nouvel arrivant ? Comment devenir l’aîné ?

  À travers le quotidien de cette petite famille, et les états d’âmes de Kun, Mamoru Hosada nous fait vivre, et surtout revivre, cette évolution que traverse tout enfant : la maîtrise de ses émotions, la découverte de nouveaux sentiments et la naissance des premières responsabilités. Mais pas seulement.

  Hosada va au-delà de ce regard enfantin sur la vie pour aborder des sujets de « grandes personnes. » La peur de l’abandon, celle de ne pas être un bon parent, ou de devenir père au foyer, sont des sujets que traitent Hosada dans son film. Miraï : ma petite sœur n’est pas qu’une mosaïque de moments de vie. Il a une portée symbolique forte, qui se vit, se ressent, à travers les divagations oniriques de Kun. Entre rêve et réalité, au-delà des questions du quotidien d’un enfant, d’une mère, d’un père, Mamoru Hosada nous donne sa vision de la vie. Et le partage entre générations en est le coeur. À l’image de l’arbre, qui se révèle être au centre de la maison de notre petite famille, et des rêveries de Kun, le lien entre le passé et le futur, les ancêtres et les vivants, structure le film. Miraï : ma petite sœur se révèle donc, au fil des minutes, être une œuvre bien plus complexe qu’il n’y paraît. Aussi bien sur le fond, que sur la forme.

  Car l’originalité de cette œuvre ne réside pas uniquement dans son scénario ou les messages qu’elle transmet. Avec Miraï : ma petite sœur, Hosada a repoussé les limites de l’animation traditionnelle japonaise. Mamoru Hosada a toujours eu une approche particulière vis-à-vis du cinéma d’animation. Profondément inspiré par les films en prise de vues réelles, il a toujours cherché à mixer ces deux genres. Miraï ne fait pas exception. Travellings et autres techniques de réalisation, y sont utilisés, amenant à considérer différemment le cinéma d’animation. Un cinéma en pleine expansion, qui ne cesse d’innover, comme a pu le montrer Wes Anderson avec son L’Île aux Chiens. De nouvelles techniques ont vu le jour et changé la face, et la vision du monde, sur le cinéma d’animation. Une évolution visible dans Miraï, par le biais d’un personnage secondaire filmé en stop motion.

  Un mélange de genres qui s’inscrit dans une démarche symbolique. Entre tradition ( animation japonaise, mythes anciens, yōkai… ) et innovation ( nouvelles techniques d’animation, importance des trains, nouvelle visions de la famille … ), Miraï: ma petite sœur se fait l’écho d’une société japonaise pleine de contradictions, qu’Hosada nous invite à découvrir.

Ce film nous fait voyager, nous transporte et nous fait réfléchir. Il nous replonge dans cette enfance, où réalité et rêve s’entremêlent, nous fait découvrir des mythes qui nous sont inconnus, des paysages qui nous sont étrangers. Ne serait-ce que pour ça, il vaut la peine d’être vu. Car, comme Mamoru Hosada l’a affirmé, si l’on réalise et regarde des films, c’est pour voyager, ressentir des émotions et expérimenter des situations, des problématiques, qui ne nous seraient pas accessible autrement.

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