
En projet dans les tiroirs d’Hollywood depuis septembre 2017, l’adaptation du carton japonais se concrétise avec l’annonce de son futur réalisateur : Marc Webb. De quoi en impatienter certains, mais, surtout, d’en faire plus d’un.
C’est au cours de l’été 2016 que sort Your Name, film d’animation japonaise réalisé par Makoto Shinkai. Mêlant histoire d’amour, voyage dans le temps et féerie, le film est très vite un succès. Ses visuels, son histoire et sa musique ont transporté des millions de personne dans le monde. Si bien qu’aujourd’hui, il est le plus gros succès japonais au box-office mondial, devant le monument de Myasaki, Le voyage de Chihiro.
Une belle opportunité pour Hollywood de surfer sur la vague et ramasser un petit billet au passage. Et inévitable fut donc la colère des fans sur les réseaux sociaux, quand cette « adaptation » fut annoncée, à peine un année après la sortie du film.
Jusque là rien de bien surprenant. À force, cela devient habituel, cette colère qui gronde dès que l’on parle adaptation. Nicky Larson, Alita, Death Note ou tous les films issus de comics, sont tant d’exemples bien différents qui ont fait face au même scepticisme, parfois légitime et parfois moins. Adapter une œuvre déjà existante n’est jamais chose aisée. Car c’est avec l’oeuvre originale que beaucoup ont grandi, vibré.
Dur donc de l’adapter avec sa propre vision, et ce, sans trahir les fans de la première heure, prêts à se battre bec et ongle pour défendre leur amour de jeunesse. Et qui pourrait les blâmer ? La simple refonte graphique des dessins animés de notre enfance en a indigné plus d’un. Alors imaginez une refonte de l’œuvre elle-même, une lecture qui s’avère parfois contraire à la votre. Certaines adaptations vont même jusqu’à ignorer l’essence même de l’original, comme le film Death Note. Mais tout cela n’est que problème de forme. L’intention, dans la plupart des cas, est bonne : rendre hommage ou faire connaître une autre culture, remettre aux goûts du jour des œuvres que les nouvelles générations n’ont pas connues.
L’adaptation de Your Name est bien loin de cette démarche. Le problème vient du fond. Cette adaptation n’a pas lieu d’être. Tout d’abord, on ne parle pas de l’adaptation d’une œuvre d’un autre genre, mais du remake précipité d’un film tout juste sorti. J’ai toujours était sceptique face aux remakes de film, encore une fois, pour des questions de forme. Mais pour la plupart, le fond reste louable: faire (re)découvrir une histoire, une œuvre. A Star is Born en est un bon exemple. Depuis sa toute première version en 1937, tous les vingt ans environ, un nouveau remake voit le jour. Une belle façon de rendre hommage à une histoire qui serait sans doute oubliée sinon. La preuve : aujourd’hui, beaucoup ignore qu’ A Star is Born est le petit dernier d’une longue série de remakes. Mais si l’on peut comprendre cette forme d’hommage, qu’en est-il d’un film récent comme Your Name ?
S’enrichir en reprenant une formule qui a fait ses preuves à l’étranger ? Oui, principalement, comme ce fut le cas avec les remakes américains de films français comme LOL ou Intouchables. Mais là n’est pas le fond du problème.
Cette adaptation pose le doigt sur un problème propre aux films d’animation : ils ne sont toujours pas considérés comme des films à part entière à l’étranger. Il suffit de voir le public visé et se rendant donc en salle : majoritairement des enfants. Car, en France et ailleurs, s’il s’agit de dessin, c’est forcément pour les enfants. La fondatrice d’Eurozoom, un distributeur spécialisé dans le cinéma indépendant, a reconnu qu’ « en France il y a cette espèce de raccourci comme quoi l’animation est réservée aux enfants alors qu’au Japon elle s’adresse à tout le monde ». Et les choses ne sont pas prêtes de s’arranger. Car cette restriction culturelle restreint le public se déplaçant au cinéma, et donc les recettes que font les films d’animation. C’est un cercle vicieux, le serpent qui se mord la queue. Car moins de recettes, signifient moins de visibilité, moins de visibilité signifie moins de public. Jérôme Rougier, directeur marketing et acquisitions films étrangers chez Wild Bunch, résume cela très bien: « On pourrait acheter plus de films d’animation japonais mais le problème vient du manque de visibilité sur un film qui ne rentre pas dans les quotas européens et que très peu de télévision achètent ensuite. Il y a une difficulté à se projeter dans le futur, à émettre un chiffre, un revenu ». Et pourquoi cela changerait-il ? Après tout, si le film marche assez bien, il sera adapté à la sauce américaine de toute façon. Pourquoi se déplacer dans ce cas ?
Alors peut-être que ce remake sera un grand film. Peut-être que Marc Webb, qui a prouvé par le passé qu’il savait raconter l’amour, parviendra à retranscrire l’essence du film. Peut-être qu’il permettra à d’autres de découvrir cette œuvre magnifique, même si j’en doute. Mais, peu importe. Car ce qui est important, et surtout regrettable, c’est que ce remake entérine un peu plus la position de faiblesse qu’a le cinéma japonais à l’international. Il contribue à sa dépréciation, l’enterre un peu plus. Et c’est pourquoi, il m’est impossible de l’accueillir avec le sourire.
