[ATTENTION CETTE VIDEO PEUT CONTENIR DES ELEMENTS SPOILANT L’HISTOIRE ET LE DEROULEMENT DU JEU]
SCRIPT
C’est dans un contexte bien précis qu’Asobo Studio a décidé de nous plonger avec A Plague Tale Innocence, un jeu au titre évocateur pour tout connaisseur de l’anglais. On y suit la famille De Rune en plein milieu de la Guerre de 100 ans, mais, surtout, en pleine pandémie meurtrière de peste noire. Faisant de cette dernière un élément central de son jeu, Asobo met les pieds dans le plat et s’attelle à une grande question : Comment représenter la maladie dans un jeu ?
Entre 1347-1352, la peste noire tue entre 30 % et 50 % des Européens. Autant dire que ça a mis une sacré pagaille, causant entre autre, l’affaiblissement de l’Empire Khmer et l’Empire byzantne, et la chute de la dynastie Yuan, rien que ça.
Et tout ça à cause d’un petit animal, enfin non d’un petit insecte en fait…
Et oui ce n’est pas le rat qui est responsable de la peste noire, enfin pas vraiment. C’étaient les puces de rat qui portaient la maladie et la transmettaient. Le raccourci s’est vite fait, et aujourd’hui on pense que la peste vient des rats. Une aubaine pour Asobo Studio : le jeu n’aurait clairement pas eu le même effet si vous y étiez poursuivis par une horde de puces rebondissantes.
Parce que oui, une des choses marquantes dans ce jeu, ce sont ces masses de rats grouillants fondant sur vous à la moindre erreur.
Ça : c’est la maladie, une sorte d’allégorie si vous voulez. Parce que faire un jeu sur la peste sans trouver un moyen de la représenter, ça aurait été un peu dommage, vous ne trouvez pas ?
Et pour créer cette allégorie, ce personnage à part entière, Asobo a mis le paquet. Tout est là pour donner ce sentiment d’une terrible menace à fuir à tout prix. D’abord visuellement… Regardez-moi ça, ça grouille de partout, impossible de passer à côté. Et ils se sont donnés du mal chez Asobo pour en arriver là, comme ont aimé le rappeler Kevin Choteau et les autre membres de l’équipe.
En plus de cette entité ragoûtante, on a tout le rapport à l’obscurité et la lumière qui rajoute au caractère effrayant de la maladie. Parce que votre seul arme contre ces rats, c’est le feu, source de lumière qui vous permettra de vous frayer un chemin dans cette masse sombre. Les rats ne prolifèrent que dans l’obscurité. Leur apparition est donc forcément couplée avec une ambiance sombre, morbide, effrayante : une ambiance de peste noire.
Et à tous ces aspects purement visuels, vient s’ajouter un gameplay punitif mais saisissant. Il suffit de s’écarter d’un pouce de la lumière pour le payer très cher. Dès que le premier rat s’approche un peu trop près, c’est déjà trop tard, impossible de s’en défaire, vous êtes déjà morts. Et pourtant au début, on peut être tenté de croire qu’il est possible de s’en sortir. Les développeurs ont été assez intelligent pour laisser un lapse de temps, certes court, mais significatif, entre le moment où les premiers rats fondent sur vous et votre mort. Si bien qu’à l’approche du premier rat, on se précipite vers la lumière dans l’espoir de survivre, frustré parce que cette **** d’Amalia prend sa *** de vie. Et merde….. Pardon ça fait remonter des souvenirs…
Alors parfois, ça marche… Mais rarement… Parce qu’une fois que les rats, une fois que la maladie en fait, vous a atteint, il est trop tard. À l’image de la peste, être touché par un rat se révèle être irrémédiablement fatal. Clairement, la médecine de l’époque était impuissante face à la pandémie. On tentait différents traitements, certains plus loufoques que d’autres, mais aucun d’eux ne s’est révélé efficace. Du coup, attraper la maladie, c’était déjà avoir un pied dans la tombe. Et ça le joueur peut implicitement le sentir.
Mais ce n’est pas tout ! Si la peste peut à première vue n’être qu’un simple élément de contexte, elle est omniprésente dans ce jeu.
De manière générale, c’est intéressant de voir qu’Asobo ne s’est pas contenté de prendre cette maladie, modéliser des rats et voilà. Ils ont décidé de représenter tous les à côtés : les conséquences de la maladie sur la vie, le quotidien… La maladie ce n’est pas seulement cette horde de rat menaçante. Elle est partout. On en parle, on la subit au quotidien, on la fuit, on la traite, on la voit…Les différents villages traversés, sont profondément marqués par la maladie. Ils sont vides, pas un chat, et l’atmosphère qui y règne est pesante, limite glauque, malgré les couleurs chatoyantes qui animent l’écran. En effet, face à la peste, la première réaction, pour ceux qui en avaient les moyens, était de fuir. Courez pour vos vies, looooin ! Et au diable les étalages de fruits laissés là dans la précipitation et qui ont pourri depuis. À l’époque, sur les routes, on croisait donc souvent des vagabonds en tout genre, ayant choisi de quitter leur foyer.
Et puis il y a ces croix blanches sur les murs, symbole du destin bien tragique qui attendait ceux touchés de près ou de loin par la maladie. Niveau isolement des cas, on était plutôt radical à l’époque. Un cas dans un foyer ? Allez, tout le monde reste confiné, et pour être sûr que personne ne sorte, il n’était pas rare de clouer 2-3 portes. Et pour identifier les maisons infectées, on utilisait, entre autre ce genre de croix blanche. Alors certes, difficile de répandre le virus… Mais bon, la méthode se révèle quelque peu discutable quand on voit le nombre de personnes qui sont ainsi mortes, enfermées dans une maison infectée.
Mais à l’époque ça ne posait pas vraiment problème, en fait c’était presque la suite logique des choses. Il faut se rappeler qu’au 14° siècle, la religion est très très très très présente en France notamment. Le pape s’est installé au début du siècle à Avignon et puis l’Inquisition, une sorte de grand tribunal catholique instauré par l’Église, sévit pour punir les hérétiques, ceux qui ont cessé de croire en la toute puissance de Dieu. Dans ce contexte, où la vaste majorité de la population française pratique une religion, une question se pose : Pourquoi Dieu, si bon et si puissant, inflige-t-il ce fléau, à l’humanité ? La réponse est toute trouvée : c’est l’expression de la colère divine. Et cette idée, on l’a retrouve très tôt dans le jeu, en surprenant une conversation entre deux servantes.
Alors pour remédier à ça, on fait ériger des croix de peste, censées conjurer le mal ou remercier Dieu d’avoir épargné tel ou tel village, et on organise très vite des processions pour apaiser cette colère divine… Autant vous dire que des rassemblements de personnes en pleine pandémie, on a vu mieux niveau gestion de crise… Mais revenons à nos moutons… ou à nos croix. Si on considère la peste comme une punition de Dieu, au même titre que la lèpre, ben ça paraît normal d’isoler les pestiférés et de les exclure de la communauté. Qu’ils meurent, avec toute leur famille s’il le faut, après tout, c’est la volonté de Dieu. D’où cette méfiance et ce rejet des inconnus, potentiellement infectés, très présent dans A Plague Tale.
Si d’apparence la peste noire ne semble être qu’un vague élément de contexte, elle se révèle centrale dans A Plague Tale : Innoncence. Plus q’un jeu, c’est un conte qui nous emmène et fait vibrer au fil d’une pandémie bien différente de celle que l’on connaît aujourd’hui.
Sources :
- Jean-Noël Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, Paris – La Haye, Mouton, 1975.
- Pierre Bienvault, « La peste, maladie de la terreur », La Croix.
- Thibault, « L’Eglise au bas Moyen Âge (XIV-XVe siècle) », Philisto.
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